Ce blog pour quoi faire ?

L'école vit une crise depuis longtemps. Cette crise n'est pas d'abord socio-économique. Elle touche une école exposée désormais aux vents mauvais de décideurs trop occupés à vouloir "marquer le coup" et  au vocabulaire, tout droit sorti du monde de l'entreprise, d'une pédagogie qui prétend construire le savoir (dans l'instant et par le jeu) au lieu de le transmettre. Aussi, à la place du désir, l'ennui de l'élève lié à l'immédiat, à la place du discours, le bruit du dehors, à la place du savoir, la curiosité chimérique de l'élève, à la place de l'autorité, la gestion contractuelle de groupe...

 

Grâce à la Toile, ce blog entend alors donner la parole aux profs et à leurs "proches", une parole soustraite à l'institutionnalisation afin que, d'un tissu de vraies questions, monte la rumeur - notre colère salutaire - jusqu'aux oreilles des "responsables". 

 

N'hésitez donc pas à me faire part de vos témoignages, réflexions, annonces, réactions... Et comme ce blog est aussi ce que nous en ferons, la manière dont il doit se développer demeure soumise à notre discussion.

 

Jean-Sébastien Philippart

Enseignant dans le secondaire à Bruxelles

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Mercredi 1 décembre 2010 3 01 /12 /Déc /2010 14:04

Par Timon de Bruxelles

Face à la perpétuation d’un folklore « archaïque » qui associe à la visite de Saint-Nicolas celle de « son subalterne » le Père Fouettard, le CEDDD (Centre pour l’Egalité et la Diversité des Droits à la Différence) s’est dit une nouvelle fois choqué. « La figure du Père Fouettard stigmatise de façon parfaitement indigne et scandaleuse les personnes de couleur très foncée en les réduisant encore et toujours au rôle ignoble de l’esclave et du ravisseur d’enfants. On ne peut plus admettre aujourd’hui en 2018, dans nos démocraties, que le 6 décembre serve tout simplement, avec l’aval de l’école, à inculquer le racisme à nos enfants », déclarait mardi son porte-parole Jean-Michel Khadafi. Le Centre a par ailleurs annoncé qu’il comptait porter l'affaire en justice et a précisé que « le mutisme de Monsieur Nicolas, que nous n’avons toujours pas réussi à joindre,  devrait constituer une circonstance aggravante ».

Publié dans : Ironie
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Mercredi 24 novembre 2010 3 24 /11 /Nov /2010 14:02

Par Timon de Bruxelles

Daniel Pennac, Marcel Rufo, Michel Rocard, Axel Kahn, Boris Cyrulnik…, qu’est-ce qui réunit actuellement tous ces braves progressistes ? Ils sont les premiers signataires d’une pétition intitulée : « Pour la suppression des notes à l’école élémentaire », dont l’appel a été lancé en septembre par l’AVEV, une association française d’étudiants luttant contre les inégalités dans les quartiers populaires, et initiant en 2008 la Journée du Refus de l’Echec Scolaire. (Profitons-en pour rappeler ici, un peu témérairement, notre refus du chômage, de la maladie, de la faim, de la guerre, du racisme, du massacre des dauphins, de la calvitie et des seins qui tombent.) « La culture de la note est encore très présente dans l’école française, historiquement tournée vers la sélection », peut-on lire en guise de liminaire à cette gueulante nationale. C’est que l’Ecole reste la cible privilégiée des progressistes et autres rebellocrates : tout ce passé contenu dans les bouquins que l’on tente de faire gober à nos enfants, ça fait plutôt  réac. Une bonne manière de s’attaquer à l’Ecole consiste ainsi à remettre en cause le principe même de l’évaluation. « Alors que la confiance en soi est indispensable à la réussite scolaire, les conséquences de ce système sur les élèves en difficulté sont désastreuses : fissuration de l’estime de soi, absence de valorisation de leurs compétences, détérioration des relations familiales et, à terme, souffrance scolaire. » On peut alors se demander pourquoi, en période d’examens, des cellules d’aide psychologique ne sont toujours pas systématiquement mises en place dans les écoles. Mais je me demande surtout pourquoi le bon docteur Cyrulnik, auteur à succès de Un merveilleux malheur, soutenant que les grosses, les très grosses emmerdes font progresser l’être humain, pourquoi donc Boris n’encourage-t-il pas le système ultralibéral de la notation et son chapelet de traumatismes ? Un gamin torturé n’est-il pas, en vertu de la résilience, un futur champion de la vie ? Voilà encore un homme à qui le militantisme fait perdre sa pertinence…

Publié dans : Actualité
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Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 13:54

Par Timon de Bruxelles

A la mi-octobre, alors que le déclin de l’automne aggravait une lente dépression et trompait par ses couleurs des esprits ne récoltant que des peines, il y eut comme un sursaut, une montée de sève. En France, sur le front des retraites, la jeunesse montait au créneau en descendant dans la rue. « Retraite : ce n’est pas qu’une affaire de vieux ! » scandait déjà une foule de frimousses au bon bec emporté par la verdeur. La contestation contre la réforme allait enfin détoner de mille feux et le gouvernement en voir des vertes et des pas mûres. « Sarko, t'es foutu, la jeunesse est dans la rue ». Les jeunes, lycéens et étudiants, prêtaient ainsi leur voix au cri recouvré pour la justice : « de vrais emplois, de vraies retraites, assez, assez de la précarité ». C’était donc parti pour la gloire : « La mobilisation de la jeunesse est lancée, plusieurs dizaines de milliers de jeunes ont manifesté au niveau national, et la mobilisation va s'amplifier… ».

 

Et puis vint à brûle-pourpoint le congé de la Toussaint. Plus un chat dans la rue. D’un coup, d’un seul, fini les marcheurs au blanc bec tourmentés par les grands lambeaux de brumes tout déloquetés de l’avenir. D’un coup, d’un seul était enterrée la primesautière et pétulante protestation… Le souffle de la révolution coupé par le calendrier ? A moins qu’il ne se soit agi, pour nos écoliers grévistes, d’un besoin de congés avant l’heure qui se joignait ainsi au désir manifeste de ne pas travailler plus longtemps. A moins que le sens festif des cortèges n’ait en fait nourri le secret espoir d’une jeunesse sans boulot qui puisse danser le sabbat toute l’année. Faut-il croire que l’on ait pu confondre l’éclat de la liberté bourgeonnante avec une poussée d’acné juvénile ? Mais ce serait là se montrer fort peu généreux envers nos enfants. « La jeunesse ? Une merveilleuse chose ! Mais quel crime de la laisser gaspiller par les enfants », maugréait jadis le scénariste et dramaturge Jacques Deval. Un vieux con sans doute…

Publié dans : Actualité
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Lundi 14 juin 2010 1 14 /06 /Juin /2010 13:54

Par Jean-Sébastien Philippart

Comme le soutient Jean-François Mattéi dans son très bel ouvrage Le regard vide (Flammarion, 2007), et comme le soutenait déjà Cornélius Castoriadis et d’autres, nous pouvons observer que la spécificité de la Culture occidentale, depuis les années 60,  s’est violemment retournée contre elle-même. Elle qui avec Homère instituait le foyer d’un regard théorique et critique interpellé par le monde pour y déceler l’universel, s’est échouée aujourd’hui en un masochisme masqué par un relativisme bienveillant. Le sens du réflexif et de la critique qui faisait l’âme d’une Europe travaillée par l’autre, s’est mué en une autocritique s’agitant dans la flagellation. Du coup, à l’ouverture à l’autre (constituant une identité) qui transportait l’âme dans ses visions exploratoires, s’est substituée une fascination pour l’autre que nous appellerons un « allocentrisme » expiatoire. Nous soulignons avec ce terme le caractère pathologique du phénomène.

 

Ainsi, le sociologue de service peut-il recycler sa vulgate marxiste en jouant à l’intello pénitent non pas à l’adresse de la classe ouvrière, mais à celle des immigrés, ces nouveaux pauvres dominés par une modernité répressive qui détiendrait farouchement dans ses griffes les moyens de production socioculturels.

 

Ainsi, le sociologue Albert Bastenier, professeur à l’Université Catholique de Louvain, peut-il regretter que l’enseignement catholique en Belgique se soit aligné de fait sur l’interdiction du voile à l’Ecole : « Nous sommes face à des personnes qui pensent faire œuvre de salubrité culturelle et publique en interdisant le voile. Pour elles, celui-ci est un signe d’archaïsme, de soumission des femmes à une société machiste et, dès lors, on fait du bien au monde en l’interdisant. » On relèvera alors l’édifiante contre-argumentation de notre santon en habit de sociologue : « Comme si les femmes dévoilées de la société occidentale étaient le modèle sur lequel tout le monde doit s’aligner… Cela procède d’une conception occidentale de la modernité qui n’est pas capable de prendre distance par rapport à elle-même. »1

 

La démonstration allocentrique est ici flagrante : les femmes occidentales, au lieu de s’habiller comme tout le monde, sont jugées « dé-voilées ». L’acte de se voiler (ou son exact contraire) devenu l’étalon du jugement, le flagellant enfonce le clou dans les stigmates de sa culture : « [les femmes musulmanes] ne seront capables d’avancer que si les sociétés occidentales entendent aussi les questions qu’elles posent à propos de l’impudicité des femmes chez nous»2 On appréciera également le glissement de « la modernité » qui perd son ancrage dans la philosophie européenne et dont la « conception occidentale » constituerait l’absence de sens critique. On en perdrait son latin si notre prédicateur de boudoir ne résonnait pas comme un camelot. A des années lumières de cette sophistique ampoulée, on se rappellera alors pour l’exemple, qu’un jour Claude Lévi-Strauss avait évoqué, au sujet du voile, quelque chose comme « une impolitesse » dans notre espace commun.

 

Préférant évidemment le phantasme masochiste à la réalité, tout imbibé des bons vieux relents doloristes remis au goût du jour, notre expert catho ne peut que nier les faits. A la place de reconnaître en effet l’absence de troubles après que le voile s’est vu interdire à l’Ecole de la république française, il avance : « Interdire le voile a joué dans le sens d’une intensification du désir de porter le voile. […] En France, le voile interdit à l’école, le problème se pose avec la bourka. Cette tentation de la revendication extrême, nous l’avons fabriquée. »3 Comme si donc tous les musulmans étaient pris dans un seul et unique courant où s’enchaînaient les réactions, les unes après les autres. Comme si donc l’Occident devait être la seule et véritable source du mal. Comme si donc les autres n’étaient pas suffisamment responsables que pour s’avérer parfois mauvais, tout seuls comme des grands… Le degré zéro de l’anthropologie en somme (mais peut-être celle-ci commence-t-elle là où s’arrête la sociologie dominante d’aujourd’hui)…

 

Aussi, oublions notre petit escobar des bacs à sable de la contrition pour réécouter Claude Lévi-Strauss dont la finesse d’esprit ne s’est jamais laissée intimider par l’air du temps. Il se confie ici en 1998 à Didier Éribon : « Puisque vous m’interrogez sur la France, je vous répondrai qu’au XVIIIe et XIXe siècles, son système de valeurs représentait, pour l’Europe et au-delà, un pôle d’attraction. L’assimilation des immigrés ne posait pas de problème. Il n’y en aurait pas davantage aujourd’hui si, dès l’école primaire et après, notre système de valeurs apparaissait à tous solide, aussi vivant que par le passé. […] Si les sociétés occidentales ne sont pas capables de conserver ou de susciter des valeurs intellectuelles et morales assez puissantes pour attirer des gens venus du dehors et pour qu’ils souhaitent les adopter, alors, sans doute, il y a sujet à s’alarmer. »4 Si ce qui sert de pensée à Albert Bastenier est représentatif de notre milieu universitaire, nous pouvons effectivement craindre le pire…



1 Albert BASTENIER (entretien avec), « Religion et immigration » in Entrées Libres, Ecrire et lire l’Enseignement catholique, Bruxelles, SeGEC, avril 2010 (n° 48), p. 10.

2 Ibid., p. 11.

3 Ibid., p. 10.

4 Claude LÉVI-STRAUSS, Didier ÉRIBON, De près et de loin, Paris, Odile Jacob, 2009, p. 212 et 213.

Publié dans : Réflexions - Communauté : BLOGS, en parler ...
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Lundi 24 mai 2010 1 24 /05 /Mai /2010 09:58

Par Jean-Sébastien Philippart

Depuis que les pédagogues, au lieu de rester à barboter dans leur ruisseau, se sont emparés de l’Ecole dans les années 50 pour la mener comme des bacilles à la baguette, on ne sait tout simplement plus quoi faire a priori des élèves. Placés désormais au centre de l’Ecole, ce n’est pas en effet au maître qu’ils se sont substitués mais au Savoir. Du coup, tout l’art de la Pédagogie Institutionnelle (PI) (à un tel degré de bêtise, nous pouvons parler d’« art ») consiste à pouvoir occuper des élèves à qui on n’a plus rien à dire.  

 

Aujourd’hui, dans la chaîne des signifiants magiques du prêt-à-penser bon marché, on peut compter sur ce mot qui nous plonge directement (sans inspiration) dans les eaux tièdes de la bonne volonté, je veux parler du signifiant « citoyen ». Ainsi en Belgique, l’article 8 du chapitre 2 du Décret définissant les missions prioritaires de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire précise que « la Communauté française pour l'enseignement qu'elle organise, et tout pouvoir organisateur, pour l'enseignement subventionné, veillent à ce que chaque établissement — éduque au respect de la personnalité et des convictions de chacun, au devoir de proscrire la violence tant morale que physique et met en place des pratiques démocratiques de citoyenneté responsable au sein de l'école ». Autrement dit, bien que l’Ecole dût permettre à tout élève qu’il intègre un savoir pour s’assimiler à une Culture et pouvoir débattre ainsi en citoyen avisé, travestis en présentateurs bohèmes, nos experts en baguenaude ont décidé, du haut de leur tapageuse prétention, de faire marcher nos enfants sur la tête. Voici donc nos élèves déguisés en citoyens répétant indéfiniment, au lieu d’apprendre, une scène démocratique — à la place de l’Ecole —, avec son cortège bruyant de « droits » lancés à la figure de l’intrus : le professeur. C’est que recevoir quelque chose comme un savoir en héritage, ça fait sale petit-bourgeois incapable d’avancer tout seul…

 

En réalité, la substitution du savoir par la mise en scène du dialogue démocratique s’apparente, à l’heure de la psychologisation à tout va, à une psychothérapie de groupe qui se veut prioritairement joyeuse et par laquelle l’élève extériorise les émotions causées par une Ecole qui l’oblige encore à se lever tôt le matin, à côtoyer d’autres que soi, etc. Grâce au projet de PI, l’enfant est délesté de l’exigence à comprendre un monde jugé ringard et n’est même plus dans la prétention à le refaire ; le monde est devenu une boule à facettes reflétant chaque vécu rigolard qui se regarde gigoter.

 

Puisqu’elle se nourrit du cadavre de l’Ecole, la PI peut donc apparaître comme l’horizon indépassable de l’enseignement. Aussi, nos experts du bougisme, traquant avec zèle les reliques de quelque tradition, sèment le désespoir derrière les apparences du nec plus ultra, et font de la sorte des émules qui croient pouvoir se raccrocher opportunément à la face visible de la PI. « A l’institut de la Sainte-Famille d’Helmet (ISF), un projet de PI a vu le jour, qui non seulement remplit tous ces points du Décret ‘‘Missions’’, mais qui vise aussi à diminuer les actes de violences et à favoriser l’accrochage scolaire. On l’appelle ‘‘école citoyenne’’. Au début de chaque année scolaire, les quelque trente classes de l’établissement se posent une même question : ‘‘Comment faire pour vivre ensemble dans le respect ?’’. Toutes les idées de réponse, données par chaque élève, sont retranscrites et rassemblées […] [pour] rédiger une loi qui est alors fêtée et proclamée, puis affichée dans toute l’école. »[1]

 

Et puisqu’on s’acharne à importer des pratiques citoyennes qui devraient demeurer extérieures à l’Ecole afin qu’elles puissent précisément avoir lieu, on ne s’étonnera pas alors de voir en retour le vivre-ensemble s’épuiser en « apéros géants »…



[1] Yannick ZIEGLER, « Citoyen d’une école, citoyen du monde, le vivre-ensemble s’apprend d’abord à l’école » in L’un soumis et l’autre pas, Bruxelles, ABSL Jeune Et Citoyen, 1er trimestre 2010 (n° 50).

Publié dans : Réflexions
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